Ramadan : Quand le gaspillage alimentaire remplace la spiritualité

gaspillage alimentaire

Ayda Benyahia

« Le gaspillage alimentaire connait un pic important pendant le ramadan, pouvant atteindre les 84,8% » déclare l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Ce comportement alarmant, est fortement lié aux habitudes d’achats des ménages, qui achètent souvent plus que ce qu’ils n’en auraient besoin, selon la même source, pour mettre l’équivalent de 600 Dirhams à la poubelle, jetant ainsi son propre argent par la fenêtre !!

Le « Syam » ou l’action de jeûner, dans son acception renvoie au concept de l’abstinence en quête de l’élévation de l’esprit. Dans cette adoration, le musulman va se focaliser à l’abstinence afin de s’élever spirituellement pour enfin atteindre la piété, d’où le sens pur et profond de ce quatrième pilier de l’Islam.

Si les Marocains pour leurs parts, tiennent à faire le ramadan, ils omettraient néanmoins, de s’appliquer à une notion fortement recommandée par les principes de l’islam : Eviter le gaspillage. La consommation alimentaire durant ce mois de Ramadan, augmente d’environ 50% de son niveau habituel. C’est ce que reporte une étude menée par le ministère de l’Agriculture et de la Pêche Maritime.

Lire aussi : RAMADAN : LES SUBVENTIONS ET L’INFLATION, UN CASSE-TÊTE POUR LE GAZ BUTANE

En effet, de nouvelles habitudes de consommation sont aperçues chez les Marocains av(ec l’avènement du mois sacré. Un changement de comportement que confirment les chiffres dévoilés par le Haut-Commissariat au Plan qui affirme que le temps consacré aux courses ménagères s’allonge d’environ 45 minutes, par rapport aux autres périodes de l’année. Un constat désolant certes, mais repérable chez la plupart des foyers musulmans au Maroc, puisque chaque ménage mettrait l’équivalent de 600 Dh à la poubelle en cette période.

Cet argent jeté par les fenêtres, ne serait-il pas synonyme d‘une société dite « société de consommation » ? Dans la conception néo-libérale, toute occasion est bonne pour mieux vendre et inciter les individus à consommer davantage. Ainsi Ramadan est devenu un rendez-vous important dans l’agenda des plans marketings des grandes enseignes commerciales, notamment celle de l’industrie alimentaire.

De ce fait, le consommateur, qui tente, à travers le jeûne du mois de Ramadan, cette pratique de dévotion et de transcendance, de se dépasser de ses instincts, est désormais pris au piège de cette doctrine néo libérale. Dès lors le nombre de ses achats est souvent vu à la hausse pour se traduite en achats et actes compulsifs. La faim suscite généralement, chez le consommateur des comportements d’achats impulsifs induisant une frénésie qui mène à son tour au gaspillage alimentaire estimé à 91 kg par personne annuellement selon l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture, un chiffre qui bat le record en ce mois béni.