Incarcération imminente de Zuma, la tension à son apogée dans son fief

Zuma

La tension demeure toujours vive à Nkandla, fief de l’ex-président Jacob Zuma situé dans l’est de l’Afrique du Sud, où des milliers de ses partisans se sont rassemblés pour lui exprimer leur soutien suite à sa condamnation à 15 mois de prison ferme pour outrage à la justice.

Plusieurs artères principales de la ville située dans la province du KwaZulu-Natal sont bloquées par les manifestants qui ont promis de rendre l’Afrique du Sud «ingouvernable» au cas où leur leader Zuma est emprisonné.

Mardi dernier, la Cour Constitutionnelle sud-africaine a condamné l’ancien président à 15 mois de prison ferme pour outrage à la justice. Cependant, elle vient d’accepter une demande urgente soumise par Zuma contestant sa peine qu’il devait commencer à purger le 04 juillet. Dans cette demande, le requérant avait invité la plus haute juridiction du pays à “revoir sa décision et à simplement réévaluer si elle a agi dans le cadre de la constitution ou, à tort, elle a rendu ce jugement au-delà des pouvoirs conférés au tribunal par la Constitution”.

S’exprimant devant une foule nombreuse de partisans venus des quatre coins du pays, l’ex-président (79 ans) a dénoncé une “violation de ses droits” par les juges qui l’ont condamné à la prison ferme. “Mes droits constitutionnels ont été violés par ces juges (…). Pas besoin que j’aille en prison aujourd’hui», a lancé Zuma à ses fidèles, lui qui a toujours refusé de se soumettre à la justice et d’apporter son témoignage devant la Commission judiciaire de lutte contre la corruption dite Commission Zondo.

Sur l’une des principales artères de la ville, le Service de police sud-africain (SAPS) a formé une barricade pour empêcher davantage de personnes de se joindre aux foules déjà rassemblées à Nkandla. Le porte-parole du SAPS, Lirandzu Themba, a déclaré que la police suit de près le déroulement des événements dans la région.

En réaction à ce renfort policier, Zuma a ironisé : «Quand j’ai vu les policiers ici, je me suis demandé comment ils allaient arriver jusqu’à moi, comment ils allaient passer à travers tous ces gens».

Force est de constater que bien que la Cour constitutionnelle ait accepté de réexaminer la demande de Zuma, la tension demeure encore à son apogée dans toute la province du KwaZulu-Natal, car l’ex-président avait jusqu’au 04 juillet pour se rendre soit au poste de police de Nkandla, soit à la police centrale de Johannesburg pour purger sa peine d’emprisonnement. Mais il ne l’a pas fait, ce qui oblige désormais le Service de police de l’arrêter d’ici mercredi et l’envoyer en prison, selon la décision de la plus haute juridiction du pays.

C’est cette ordonnance de dépôt que Zuma cherche à interdire ce mardi devant la Haute Cour de Pietermaritzburg. Sauf que la Haute Cour est une juridiction inférieure à la Cour constitutionnelle et ne peut donc pas passer outre la plus haute juridiction d’Afrique du Sud, selon des experts qui estiment que l’ancien président aurait dû s’adresser à cette dernière pour plaider en faveur d’une suspension de son ordonnance de dépôt.

Pour de nombreux observateurs, le cas de Zuma est un véritable test pour le système judiciaire du pays, puisqu’il frappe au cœur de la démocratie constitutionnelle, cherchant à renverser une ordonnance de la plus haute juridiction de l’Afrique du sud dans le contexte d’un projet extrêmement important, à savoir la lutte contre la corruption et la «capture de l’État».

Ce nouveau tournant politico-judiciaire dans l’affaire Zuma, qui fait également face à 16 chefs d’accusation de fraude, de corruption et de racket liés à un contrat d’achat d’avions de chasse, de patrouilleurs et de matériel militaire de 4,2 milliards d’euros, signé en 1999, est l’aboutissement des sept derniers mois de drame après que l’ex-président a quitté la Commission de capture d’État le 19 novembre 2020.

La situation politique tendue au KwaZulu-Natal à propos de l’incarcération imminente de Zuma a même contraint le parti au pouvoir «ANC» à reporter la réunion de son comité exécutif national (NEC) qui devait commencer le week-end dernier. Le parti a reconnu que la situation dans la région pouvait devenir incontrôlable et entraîner des violences et des pertes de vies humaines.

Mais le porte-parole de l’ANC, Pule Mabe, a déclaré que le parti ne pouvait pas s’impliquer dans la décision de la Cour constitutionnelle. «Une fois que l’ANC interférera avec les processus des tribunaux, nous créerons un précédent insoutenable», a-t-il dit, ajoutant que les tribunaux devaient maintenir leur indépendance.

Cependant, il y a une inquiétude au sein du Congrès National Africain que l’envoi de Zuma en prison pourrait approfondir les divisions au sein du parti déjà faible et conduire à une mauvaise performance lors des prochains scrutins.

D’autres estiment, au contraire, que la purge au sein du parti au pouvoir, qui continue à dominer toutes les institutions de l’Etat, est salvatrice pour tout le pays.

( Avec MAP )