Sahel : Alger ravive la tension régionale après avoir abattu un drone malien

Bachir Abdallah

Alors que les regards se tournaient avec prudence vers un possible dégel diplomatique entre Bamako et Alger, une nouvelle provocation a fait voler en éclats le fragile espoir de réconciliation. Dans la nuit du 31 mars au 1er avril, l’armée algérienne annonçait la destruction d’un drone malien à proximité de la localité frontalière de Tinzaouatène. Le geste, présenté froidement comme un simple acte de « vigilance territoriale », cache en réalité une stratégie régionale de plus en plus opaque et préoccupante.

Un drone malien, un territoire contesté, une communication calculée : tous les ingrédients sont réunis pour relancer les tensions entre deux pays déjà aux prises avec une défiance mutuelle profonde. L’état-major malien confirme la perte de l’appareil, mais évoque une « défaillance technique ». Un groupe armé du Nord, le Front de libération de l’Azawad (FLA), revendique l’attaque. Alger, elle, brandit la souveraineté. Mais derrière cette rhétorique, c’est une nouvelle opération de déstabilisation qui se profile.

Quelques semaines plus tôt, pourtant, l’on croyait à une inflexion. La nomination du général Mohamed Amaga Dolo comme ambassadeur du Mali en Algérie et sa réception par le président Tebboune en mars avaient été saluées comme un signe d’ouverture. Mais cette volonté affichée de dialogue semble n’avoir été qu’un leurre diplomatique, vite rattrapée par les vieux réflexes algériens : affaiblir, provoquer, diviser.

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Depuis plusieurs mois, l’Algérie multiplie les gestes hostiles envers Bamako. L’accueil très médiatisé de l’imam malien Mahmoud Dicko en novembre 2023, perçu comme une tentative de s’immiscer dans les affaires intérieures du Mali, avait déjà mis le feu aux poudres. Bamako avait répondu par un rappel de son ambassadeur et, quelques semaines plus tard, dénonçait unilatéralement l’accord de paix d’Alger de 2015, l’estimant vidé de sa substance par « des actes d’hostilité répétés ».

Mais cette politique de tension ne s’arrête pas aux frontières du Mali. L’Algérie, dans une posture de plus en plus isolée sur le plan sécuritaire, critique ouvertement l’approche militaire de l’Alliance des États du Sahel (AES) tout en refusant de reconnaître l’effondrement de sa propre vision du dialogue avec les groupes armés. Alger préfère marginaliser ses voisins, comme elle le fait également avec le Maroc à travers l’instrumentalisation du front Polisario dans le conflit du Sahara.

Ce double jeu régional sème le trouble au Sahel et au Maghreb. Sous couvert de défendre la paix, Alger soutient indirectement des acteurs qui compromettent la stabilité — dans l’Azawad comme au Sahara. Pendant que Bamako, Niamey et Ouagadougou tentent de coordonner une réponse sécuritaire commune contre les groupes terroristes, Alger, elle, choisit de jouer sa propre partition, en dehors de tout cadre collectif.

Dès lors, une question s’impose : que cherche véritablement le régime algérien avec ses mille et une provocations ? À quoi répond cette obstination à souffler sur les braises, tantôt par des ingérences déguisées, tantôt par des actions militaires unilatérales ? Que gagne l’Algérie à entretenir le chaos plutôt qu’à participer sincèrement à l’apaisement régional ?

Ce dernier épisode du drone malien abattu ne peut être lu comme une simple réponse à une violation de territoire. Il s’inscrit dans une dynamique plus vaste, celle d’un pouvoir algérien en quête de leviers d’influence dans une région en pleine recomposition. Mais à force de chercher à s’imposer par la confrontation et la manipulation, Alger risque de s’isoler davantage encore, tout en alimentant les foyers d’instabilité qu’elle prétend vouloir éteindre.